Ce film 100% italien retrace la vie (trop courte) de Giuseppe « Peppino » Impastato. Ce sicilien est né et est mort à Cinisi, en Sicile, bercé dans l'univers de la mafia. Son père, Luigi, tient une pizzeria et son « oncle » (le beau-frère de Luigi Impastato) est le respecté Don Cesare Manzella. L'oncle Cesare prend le petit Peppino sous sa poupe. Il est intelligent, calme, timide et honore sa famille. Son petit frère Giovanni est plus timide. L'illustre Gaëtano Badalamenti habite dans ce même village : sa maison n'est séparée que de cent pas (
Les Cents Pas) avec celle des Impastato. Le jour où « Tano » Badalamenti élimine Manzella pour prendre le pouvoir à Cinisi, Giuseppe Impastato, alors enfant, prend conscience du fléau qu'entraîne les codes mafiosi dans ces régions proches de Palerme, depuis des siècles. Il se lie d'amitié avec Stefano Venuti, le peintre du village, le leader de la cause communiste. Le jeune Peppino, brillant étudiant et passionné de littérature, écrit dans la revue communiste « L'Idea Socialista ». Il se plonge dans les vers de Pasolini et lance une radio pour faire entendre ses idées, pour faire valoir son pouvoir subversif dans cette ville corrompue par le crime organisé. Sur Radio Aut, il dénonce la mafia et la mairie avec humour, sur un ton incisif. Peppino et ses amis communistes. Luigi Impastato ne peut pas accepter que son fils s'éloigne du chemin qui lui était tracé, et fasse du tort à sa famille. Giuseppe est mis dehors, seul sa mère, Félicia Bartolotta, le supporte. Cette femme aura, dans les années 80, un rôle très important en Sicile dans la lutte anti-mafia. En 1978, Peppino à 30 ans, son père vient de mourir dans des conditions « étranges », comme bien souvent dans ces familles qui brûlent sous le soleil de l'île italienne, et il décide de se présenter pour les élections municipales. Sa popularité, acquise grâce à son émission de radio « Onda pazza » et ses actions pour la libre pensée, lui aurait sûrement permis de gagner sa place au conseil municipal de Cinisi, et d'y siéger en frondeur, comme toujours, pour s'opposer au pouvoir en place, corrompu jusqu'aux os. Mais il n'en a pas eu le temps, il est découvert mort le 9 Mai 1978 sur un chemin de fer, explosé à la dynamite. Ce jour-là, dans la capitale romaine, on découvre le corps d'Aldo Moro, député de Démocratie Chrétienne, enlevé et exécuté par les Brigades Rouges. Badalamenti a été condamné à la prison à perpétuité en 2002 et est mort en 2004, mais ce film veut d'abord montrer la force de ces principes, de ces codes, dans ces familles siciliennes. La loi du silence règne en maître dans ces petits villages où les pouvoirs du « chef de village », du Parrain, s'étendent souvent jusqu'à New York. Dans ce film et à travers son combat, Peppino Impastato voulait humaniser ces chefs de la mafia, les remettre à l'état de simple homme, d'assassins, ce combat lui à coûté la vie et, presque 30 ans après, ce combat est encore d'actualité en Sicile où les femmes et les victimes des crimes mafieux se battent pour vaincre ce fléau. Les images sont belles, ce combat est noble et ce film est tout simplement magnifique, une fois visionné, vous n'oublierez pas le regard de cet enfant, enfoui dans ses pensées, qui essaye de disséquer la mort de son « oncle », de comprendre qui l'a tué et pourquoi. Toutes ces questions sont l'essence même du questionnement que Peppino Impastato aura su faire partager en Sicile aux détracteurs de la Mafia.
Avis Ciao
Maxime